L'Héritage (2009-2010)
LA BEAUTE DE L'ELEMENTAIRE



«Aucun ordre n'a voulu de moi, alors j'ai crée mon propre désordre» Lady Stradivarius


13 Janvier 2010

Francesca Lattuada reçoit en héritage, d'une certaine Euleteria Stradivarius, une bergerie située à Guerguétie, en plein cœur des montagnes caucasiennes.

Accompagnée d'une amie ossète qui a fonction d'interprète, Francesca Lattuada se rend sur les lieux.
Les habitants du village livrent au compte-goutte les informations concernant Madame Stradivarius:
Après des études en physique quantique et en musique, elle parcourt la planète comme, de son propre dire, une anthropologue clandestine.
Respectée et crainte, on l'appelle «Le Diamant».
Aux yeux de certains: une sorcière, une excentrique, une folle ….Pour d'autres, une brillante scientifique, un génie.
»
La bergerie où elle vit les dernières années de sa vie est splendidement austère. Francesca Lattuada y découvre à l'intérieur une œuvre se composant en:

- une centaine de couvres crânes
- une centaine de «natures vivantes»
- et un Panthéon
Le tout, tricoté à la main avec des poils d'animaux, plus communément connus sous le nom de «laine».

Se poser la question du pourquoi elle a fait tout ça ce serait tout aussi absurde que de demander à une rose pourquoi elle éclot. L'oeuvre semble être mue, guidée par une hémorragie de plaisir; une joie effrénée à suivre la forme et ses variations incessantes, ahurissantes, hallucinantes, comme ferait une déesse de la nature. Toutes ces choses sont gorgées de tendresse et cruauté.

Ce qui semble la fasciner profondément c'est le mouvement, les vibrations qui parcourent les choses, toutes les choses.

Francesca Lattuada
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IMPRESSIONS DE TRAVAIL

En 2010, Francesca Lattuada, chorégraphe italienne, me raconte au téléphone son incroyable « rencontre » avec un héritage qui lui a été légué.

Son voyage dans cette contrée perdue du Caucase, et surtout, la découverte de toutes ces «choses», comme elle dit, présentes partout dans les minuscules pièces de la maison de cette femme qu’elle n’a jamais vue, aucune photo d’elle, aucun portrait

Mais, toutes ces choses façonnées par ses mains, sont bien là, réelles, intrigantes. Elles lui racontent des histoires. L’histoire intime d’une femme... Une femme trop fantasque, trop indépendante, trop renfermée sur elle-même ?
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Quelques mois plus tard elle a mûri le projet de faire «quelque chose de tout ça». Elle me demande de réaliser un travail de «catalogage», avec la systématicité d’un entomologiste, me dit elle, un catalogue raisonné d’objets improbables.

Ce n’est pas dans mes cordes... Mais cela m’intrigue. En les voyant, je suis envoûtée. Elles sont entassées par centaines et je commence à en isoler certaines qui paraissent vouloir sortir de l’anonymat.

J’ai «pris» les grandes coiffes comme épinglées sur fond noir.
Pour les sculptures... la première tentative a été un échec. Je voulais être objective, les immortaliser à la manière d’un Morandi, sans clairs-obscurs, lumière tamisée, plate... Je n’ai pas réussi.
J’avais de plus en plus l’impression d’y voir des personnages. D’y voir même cette femme, dont je ne sais rien. D’y voir la solitude par moment, la joie aussi; ses fantasmes...
« »
Voilà pourquoi j’ai fini par tourner la lumière autour des «choses», de façon simple, pour mieux les voir, et pourquoi pas, pour comprendre leur langue muette. Avec les rais de lumière et d’ombre, tous ces êtres apparaissaient, isolés de la masse.
En photographiant ses «compagnons de vie», j’avais l’impression de lui rendre hommage, à elle, que je ne peux qu’imaginer.
Aucun n’a raconté ses secrets.
En tout cas, ils m’ont emmenée dans un voyage à la fois réel et imaginaire.
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